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Abdallah

Paris 18e
Paris

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Abdallah

 

Abdallah is going to celebrate his 13th birthday in July, « while I’m on vacation in Egypt. I go there almost every year. The whole family is there. »

 

Ashraf: « He even speaks really good Egyptian! »

 

Abdallah: « Nah! Oh nahhhhh! Now you’re going to ask me to speak Egyptian! »

Abdallah knows how to speak French and Arabic, and he’s learning English and German at school.

 

« Over in Egypt, the whole family is there and everything. There’s more freedom. »

 

His father inserts a small detail: « Nah, there’s too much freedom there. Whatever Abdallah wants, Abdallah gets. You need something? Everyone brings it to you. The whole family will ask him, ‘What do you need Abdallah?’ ‘I need some of that!’ ‘Okay!’ There’s so much freedom, not like here. Here it’s ‘Mama!’ it’s hard. There… He goes all over the place. Here, no. ‘Where’s he going?’ ‘At what time?’ That’s why Abdallah likes it there. It’s vacation! And the atmosphere there is very calm. Here’s it’s fast. Here you don’t know who’s next to you. You don’t know other people. There, the neighborhoods, the streets, you know everyone. »

 

Abdallah: « That’s the life! » […]

 

I was secretly delighted by this little verbal battle between father and son, which offered a diversion from the tremendous competition of the videogame. While we were talking, Abdallah’s mother set the table; suddenly, I was presented with a beautiful mountain of fries and an enormous sandwich — normally an appetizing sight, but on this particular day I was worried for my stomach, still full from a copious wedding meal.

 

We celebrated the first birthday of the youngest son, Youssef. Islam, the second son between Abdallah and Youssef, joined us in the living room, along with a neighbor, Mr. Maurice, who was invited to join in. His wife had just been entered into a retirement home, a difficult decision…

 

Where there’s a birthday, there’s cake. I didn’t have the presence of mind to ask for a little piece. Luckily, the interview gave me a good excuse to put down my spoon.

 

So I asked Abdallah: « And do you do things at the social center these days? »

— Yes, I go there on Wednesday afternoons.

— To do what?

— We plan activities and trips, to go skiing for example. We did everything from A to Z, with help from organizers: finding funding for the trip, finding the location, making the reservations… […] I designed the poster with one other guy. I really like computer programming. I’ve done a year of programming, I signed up for a group in middle school, after I used video editing software too, we even learned to set up a website.

 

— Well that’s awesome! Is it with WordPress?

— Nahhh! WordPress is too easy!

 

Impressed with his knowledge, I explained to Abdallah that when I was his age, those sorts of things didn’t exist. At the risk of seeming old, I shelled out a list of differences from my everyday life back then: one or two landlines in the house, the cassettes I received in the mail from my sister to hear news about how she was doing in the United States, the first computer with the floppy disc, the arrival of the internet in France and the first time I sent an email… I drove the point home by talking about my grandmother’s Bakelite telephone and my father’s heavy video equipment carried with a shoulder strap. I left out the dinosaurs.

 

My passionate tirade ended. Abdallah acknowledged it politely: « It was… um… not easy… » 

 

 

English translation by Sophie Swiniarski, Salem State University, Salem, Massachusetts USA

 

View English version

 

Abdallah va fêter ses 13 ans en juillet, « pendant que je serai en vacances en Egypte. J’y vais presque chaque année. Il y a toute la famille là-bas. »

 

Ashraf, le père d’Abdallah : « Même il parle l’égyptien bien ! »

 

Abdallah : « Nan ! Oh naaaaaaan ! Après vous allez me demander de parler égyptien ! »

 

Abdallah sait parler le français et l’arabe, et apprend l’anglais et l’allemand à l’école.

 

« Là-bas en Egypte, il y a la famille et tout. C’est plus libre. »

 

Son père apporte une petite nuance : « Nan, là-bas c’est trop liberté. Ce que Abdallah demande, tout de suite l’arrive : vous besoin quelque chose ? Tout le monde va le ramener. Toute la famille lui demande : qu’est-ce que besoin Abdallah ? J’ai besoin comme ça ! D’accord ! Y a beaucoup de liberté, pas comme ici. Ici, c’est Maman, c’est dur. Là-bas … Court n’importe où. Ici non : il est parti où, à quelle heure ? C’est pour ça Abdallah aime là-bas. C’est les vacances ! Et le rythme là-bas c’est calme. Ici c’est vite. Ici tu connais pas à côté. Tu connais pas les autres. Là-bas, les quartiers, les rues, tout le monde il connaît. »

 

Abdallah : « La belle vie, quoi ! » […]

 

Pendant que nous discutions, la mère d’Abdallah a mis la table ; tout à coup, je me retrouve devant une belle montagne de frites et un énorme sandwich – vision normalement appétissante, mais ce jour-là inquiétante pour mon estomac, à peine remis d’un copieux repas de mariage.

 

On fête la première année du benjamin, Youssef. Islam, numéro deux entre Abdallah et Youssef, nous a rejoints dans le salon et le voisin, Monsieur Maurice, est invité pour partager ce moment. Sa femme vient de rentrer en maison de retraite, un cap difficile…

 

Qui dit anniversaire, dit gâteau. Je n’ai pas la présence d’esprit de demander une petite part. Heureusement, les questions me donnent une bonne excuse pour poser la cuillère.

 

Je demande à Abdallah : « Et le centre social, actuellement, tu fais des choses avec eux ? »

– Oui, j’y vais le mercredi après-midi.

 

– Pour y faire quoi ?

– On prépare des activités et des séjours, pour le ski par exemple. On a tout fait de A à Z, avec l’aide des animateurs : trouver le financement pour le séjour, trouver l’endroit, appeler pour réserver… […] Moi j’ai fait la mise en page pour l’affiche avec un autre garçon. J’aime bien tout ce qui est informatique. J’ai fait un an de programmation, je me suis inscrit dans un groupe dans le collège, après j’ai utilisé des logiciels de montage vidéo, on a même appris à créer un site.

 

– Ben c’est super ! C’est avec WordPress ?

– Naaaan ! WordPress, c’est trop simple !

 

Impressionnée par ses connaissances, j’explique à Abdallah que lorsque j’avais son âge, ces trucs-là n’existaient pas. Au risque de me donner un bon coup de vieux, j’égrène la liste des différences avec mon quotidien de l’époque : un ou deux téléphones fixes dans la maison, les cassettes reçues par La Poste pour écouter les nouvelles de ma sœur pendant son année aux Etats-Unis, le premier ordinateur avec sa disquette, l’arrivée d’Internet en France et la première fois que j’ai envoyé un mail… J’enfonce le clou en évoquant le téléphone en bakélite de ma grand-mère et le matériel vidéo de mon père qui pesait si lourd en bandoulière sur l’épaule. Manquent plus que les dinosaures.

 

Ma tirade passionnée est terminée. Abdallah acquiesce gentiment : « C’était… euh… pas simple… » […]

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