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Akim

Saint-Denis

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Akim

Déjà rassasiée avec un délicieux gâteau de riz, je me demande comment venir à bout des trois autres, posés tout chauds à côté de mon café. Heureusement, personne n’a vu venir le petit frère d’Akim, qui s’éloigne déjà avec un gâteau dans la bouche : je laisse lâchement mon petit allié se faire gentiment gronder.

 

 

 

Akim a bientôt dix ans. Ses parents ont quitté sans aucun regret la cité des 4000 quand il avait deux mois. Depuis, la famille s’est aggrandie et on se sent à l’étroit. Mais « ici, on se dit bonjour, on se respecte ». Avec quelques recadrages : les vendeurs sur les chaises à la sortie de l’ascenseur ne proposaient pas exactement des tours Eiffel en plastique. Ils sont partis avec l’installation d’un interphone et l’arrivée de Mohamed qui a remplacé la gardienne tombée malade. « Il est bien : on lui parle, il écoute. » Ahmed, le père d’Akim, poursuit : « Les environs deviennent une petite Défense avec Generali, SFR, Arcelor, Xerox… Il y a même des plateaux de télévision. » […]

 

Quelle influence un prénom a-t-il sur une vie ? Akim signifie « juge » ou, comme précise sa mère, « celui qui donne la raison à celui qui la mérite, qui a bien travaillé… ». Ahmed, le père d’Akim complète avec un sourire « … et non pas à celui qui connaît le patron, vous voyez ? »

 

Akim : « J’ai un ami, tout le monde dit qu’il est gros. Mais moi je dis qu’au moins, il a beaucoup de force alors que moi, je suis tout maigrichon. Le seul problème, c’est qu’il est épuisé que tout le monde le traite. Toute la classe est contre lui. Donc moi j’ai pris sa défense. » […]

 

Sa mère : « Quand quelqu’un te tape, tu tapes pas, n’insulte pas celui qui tape et t’insulte. Mais maintenant on se retrouve dans un monde, dans certains établissements, où on ne sait pas si on fait une faute de ne pas réagir. Parfois on est obligé de dire à l’enfant : “ S’il te tape, tu le tapes. ” Mais c’est pas bien. »

 

Akim est en CM2. « La maîtresse s’énerve vite quand on fait une erreur. Alors qu’elle dit elle-même que c’est pas grave de faire une erreur. Facile de dire mais pas facile de faire. »

 

« Elle est là pour vous transmettre des connaissances, pas pour vous aimer » lui rappelle son père. «  Il est le premier de la classe depuis le CP, mais au collège, il aura plusieurs professeurs. C’est à toi de gérer ça car tu ne peux pas changer les tempéraments. »

 

Akim : « Elle cherche pas la raison, elle va directement crier. » Puis : « Faut comprendre, elle prend le TGV tous les jours depuis Lille, elle se lève très tôt. »

 

Akim veut devenir ingénieur informatique. Un virus sur l’ordinateur familial a été le le déclencheur : « Je savais déjà à quoi servait un fichier ram sauf que je ne savais pas où l’installer. »

 

Je note avec une attention redoublée ses explications : « Pour vérifier que ça marche, tu dois aller sur les propriétés de ton ordinateur » Jusque là, tout va bien. C’est après que ça se complique. « Les deux gigas ram sont revenus… Tu dois taper dir/s… Avant ça s’appelait ‘com’ et du coup il y avait beaucoup de virus. »

– Ah !

J’ai beau écouter Akim, c’est comme s’il me parlait dans une autre langue.

– Maintenant ça s’appelle ‘exe’ et du coup y a moins de virus. C’est plus sécurisé.

– OK ! Et tu as trouvé ça comment ?

– Sur des forums, mais il y avait très peu de réponses. J’aime bien quand les choses sont difficiles, mais pas impossibles.

 

Certes… Depuis 20 ans que l’ordinateur est mon outil de travail quasi quotidien, j’ai tout juste compris que ce ne sont pas des lutins qui travaillent à l’intérieur. Je note mentalement de garder le contact avec Akim en cas de pépin… 

 

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