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L’amour du vivant

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L’amour du vivant

« Je te présente les rescapés ! Ce rosier-là, il vient d’Algérie, c’est une bouture que j’ai faite avec le rosier de ma mère. Les grenadiers, c’est pareil, ils viennent de là-bas, et cet olivier aussi : quand j’avais sept ans, il a été abattu. Ça m’a fait mal alors j’en ai pris un morceau que j’ai planté dans un pot, et c’est comme ça qu’il est encore avec nous.

 

Oranger du Mexique, pêcher, figuier, laurier, vigne… j’ai appris à les bouturer en faisant des essais. Regarde ce camélia, et ce néflier : eux aussi, j’ai réussi à les sauver. Ils viennent d’un grand jardin que j’ai beaucoup aimé. J’y allais dès que j’avais quelques jours, à côté de mon travail. Ses propriétaires me l’avaient confié comme si c’était chez moi : j’ai créé un potager, une serre, planté des arbres, des roses, du muguet, beaucoup d’autres fleurs… C’était un peu mon jardin.

 

C’était un plaisir de jardiner pour eux, ces gens m’ont beaucoup aidé moralement ; j’avais perdu deux enfants et je n’avais plus le goût de continuer mon entreprise. J’étais conducteur d’engins : je faisais du terrassement et dans une carrière, j’ai aussi creusé six cents puits, oui madame ! À l’époque, je travaillais déjà sur des jardins : j’étalais la terre végétale avec mon tractopelle et je formais les gars. Je descendais de mon engin pour leur montrer comment planter les arbres. Ça ne sert à rien de dire comment faire : tu fais et c’est comme ça que l’autre comprend.

 

Sur les chantiers de démolition, chaque fois que je voyais une fleur ou un arbre qui allaient partir à la décharge, je descendais aussi, je les prenais et je me débrouillais pour les replanter ailleurs.

 

 

Alors ce jardin dont je te parlais, c’est devenu une vraie passion. Et puis un jour, la grand-mère est tombée malade. J’ai vu sa souffrance. Quand elle est morte, la famille a dû vendre la maison et le jardin. Il a fallu dégager la terrasse : j’en ai mis des camélias et des lilas à la benne ! Et aussi un vieux rosier qui datait de je ne sais combien d’années. Pour tout enlever, j’ai fait au moins sept allers-retours à la déchetterie. Et quand j’ai dû casser le néflier, je te jure, si je ne m’étais pas retenu, je crois que j’en aurais pleuré. Je ne voulais pas le jeter alors j’en ai coupé un bout et depuis, il est ici. La bouture que j’en ai faite a donné des fruits l’année dernière pour la première fois !

 

Mon plaisir, c’est planter et voir pousser. J’aime aussi ce moment où je bêche, quand j’aperçois le rouge-gorge ou la mésange qui viennent chercher un ver de terre. Et puis j’aime aider comme je peux les gens qui travaillent autour de moi dans les jardins. 

 

Oh ! Regarde cet arbre-là ! C’est pas vrai ! Tu as vu ça ? Il n’arrivait pas à se développer mais aujourd’hui, il y a une fleur ! » 

 

 

 
Rencontre en avril 2021 pour le projet « Cultiver des jardins, récolter des liens »
 
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