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Diariatou

Paris 19e

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Diariatou

C’est Diariatou qui m’a indiqué son tatouage autour de la bouche ; je n’avais pas remarqué celui-là. Pourtant, c’est un tatouage qui coûte cher : elle m’apprend que certains ont eu la bouche paralysée suite à une infection.

 

 

 

Plusieurs épines entourées d’un fil servent à piquer la peau jusqu’au sang, sur laquelle est appliquée une poudre noire composée d’arachides brûlées. Les femmes qui se font tatouer ainsi le visage sont considérées comme des femmes courageuses, qui « se battent comme un homme ». Diariatou avait alors 13 ans. […]

 

Elle a 25 ans quand elle quitte le Mali en 1988. A Paris, elle trouve un jour un travail comme femme de ménage dans des bureaux. Levée à 4h00 du matin, elle part à 5h30 après avoir passé le balai et préparé les repas pour les enfants. Arrivée à Viroflay à 6h30, elle repart à 10h00 direction Levallois-Perret jusqu’à 14h00, puis Austerlitz à 15h00. D’autres fois, elle se rend à Massy-Palaiseau. Elle est de retour chez elle à 20h30.

 

« Tu souffres, c’est ton sens. Tu gagnes beaucoup, c’est ton sens. » Pour Diariatou, Dieu décide de ce que seront nos vies avant même notre naissance.

 

Elle est allée à l’école à sept ans, où elle a appris le français, puis a dû s’arrêter au bout de deux ans. Aînée d’une grande famille – dont elle préfère que je ne précise pas le nombre, m’expliquant que ce serait trop de vantardise -, elle aidait sa mère dès l’âge de six ans.

 

Pour se rendre à l’école, elle traversait le fleuve Sénégal à la nage en poussant devant elle son sac posé dans une calebasse. Même à la saison basse, il y avait des endroits où elle n’avait pas pied. Un jour, elle a failli se noyer. Le poids de ses habits, alourdis par l’eau, l’entraînait vers le fond, mais elle a réussi à s’en débarrasser. D’autres enfants continuaient de s’enfoncer et des adultes qui se trouvaient près de la rive les ont sauvés de justesse.

 

Les calebasses permettaient aussi aux adultes de faire traverser avec eux les bébés, dont ils attachaient les mains et les pieds pour éviter tout mouvement dangereux. A la saison haute, on utilisait les pirogues.

 

Les champs à cultiver étaient également de l’autre côté du fleuve. « Tous mes travails, c’est loin. Avec Sophie, première fois que travail pas loin. »

 

Je suis fan du mafé de poulet de Diariatou, avec sa sauce aux gombos. A n’en pas douter, Sophie aussi : avec son équipe de quatre cuisinières dont Diariatou fait partie, elle a créé Mam’Ayoka, La cuisine du monde à côté, une société coopérative à intérêt collectif. (1) […]

 

Diariatou a créé avec d’autres femmes soninkées l’association Fede Coumba, un réseau de solidarité qui s’étend à d’autres ethnies et nationalités d’Afrique Noire. Diariatou souhaite notamment renforcer les actions permettant de lutter contre la délinquance des jeunes. Elle déplore aussi l’analphabétisme trop répandu et suit des cours de français au Centre Social et Culturel J2P.

 

(1) Ce qui m’a d’abord séduite : la transformation de talents culinaires en emplois pérennes. Ce qui m’a ensuite conquise : les plats, variés et délicieux ! www.mamayoka.com

 

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