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Djamila

Paris 19e

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Djamila

Djamila avait treize ans et son oncle cherchait quelqu’un pour marier son fils. « En fait, quand je suis arrivée, ce n’était pas pour son fils, mais pour le fils d’un ami ». L’ami a regardé les trois sœurs et a dit : « Djamila, c’est pour mon fils ».

 

 

 

Djamila m’explique qu’elle vient d’une famille où les femmes ne travaillaient pas. Une fois mariée, pendant que son mari Saïd « vend au marché », elle fait « tout à la maison, même dehors : le blé, les olives, le jardin… Travaille tout-tout-tout. »

 

Le mariage a duré deux ans et Djamila a été enceinte deux fois, dont une grossesse gémellaire. Je sais simplement que les bébés n’ont pas eu le temps de vivre…

 

Je demande à Djamila si elle a pu pardonner. « Ça fait maintenant longtemps. C’est pas bien, toujours rester comme ça… ». Et j’apprends que Saïd et sa famille ont demandé pardon.  « Lui a des enfants, moi j’ai des enfants, c’est fini. J’ai pardonné. »

 

Djamila est arrivée d’Algérie en 1985, s’est remariée et a donné naissance à deux garçons et une fille. Ils ont vécu onze ans dans un studio rue de Flandre avant de déménager rue Colette Magny.

 

« Je ne parlais pas du tout français, même pas bonjour. » Si Djamila et moi arrivons à nous comprendre aujourd’hui, c’est notamment grâce aux cours qu’elle a suivis avec l’association Espace 19. Elle participe également aux ateliers de théâtre, de cuisine, de couture, d’informatique… « Ils sont très gentils avec moi. Chez eux, c’est comme chez moi. » 

 

Rencontre réalisée en avril 2016

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