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Georgette

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Georgette

« Adama, mon mari, sait prendre le bon côté des choses. Même si toi, tu n’apprécies pas, lui voit ce que ça peut apporter de bien.

 

Nous sommes de différentes religions. Il est musulman, moi je suis catholique, et nous savons que c’est le même Dieu. Avec les enfants, nous prions tous ensemble.

 

Dieu est à la base de notre vie. Dans certaines situations, il se peut que les humains t’oublient mais Dieu, lui, il est là. Dans le monde entier, chacun peut l’appeler : même si tu n’es pas croyant, ce Dieu, c’est un Dieu d’amour. Il suffit de dire un mot. Parce que ce qu’il se passe, là, c’est très grave… Si nous nous donnons tous les moyens pour l’appeler, il n’y a pas de raison qu’il ne fasse pas quelque chose. En tous cas, moi, c’est ce que je pense…

 

Les personnes âgées – comment dire… Ce sont des personnes vulnérables mais quand elles te racontent même leurs expériences les plus difficiles, elles savent y mettre de l’humour.

 

Il y a des moments de tristesse aussi, quand elle se sentent seules. J’essaie de les réconforter.

 

Un jour, une vieille dame me dit qu’elle en a marre de rester toujours enfermée ici, qu’elle en peut plus, qu’elle veut passer à l’acte. Je lui demande : ‘Qu’est ce que veut dire l’acte ? Je comprends pas.’

 

Elle essaie d’expliquer, en tournant autour du pot… Je lui dis : ‘Mais je connais pas l’acte ! C’est un être humain ? C’est qui ? Ou bien vous parlez de moi ?’

 

Elle me dit : ‘Oh mais arrête ! Arrête, ma petite Georgette ! Je parle pas de toi, je parle de l’acte !’

 

Moi : ‘Je connais pas l’acte !!’

 

Et elle me dit : ‘Quand tu en as marre de la vie, qu’est-ce que tu fais ?’

 

Je lui dis : ‘Non-non-non, c’est pas une bonne solution, ça… Et puis moi, quand j’arrive dans votre chambre, je veux vous voir souriante, parler de tout, de la vie, des modèles que vous portez, peut-être que ça peut m’inspirer, comment vous marchez…’ Et elle rigole et elle oublie son cafard.

 

Je commence le travail le soir à 21h00. Il y en a une qui a un appareil auditif et la dernière fois, quand je suis rentrée dans sa chambre, j’ai vu qu’elle avait l’air un peu bizarre. Je lui ai demandé : ‘Il y a quelque chose qui ne va pas ?’

 

Elle me dit : ‘Oh Georgette ! Tu peux pas comprendre. Toute la journée, j’étais triste.’

 

Je lui dis : ‘Mais vous êtes triste pourquoi ?’

 

– J’ai perdu mon appareil, j’ai cherché partout, les collègues m’ont aidée, j’ai cherché, cherché… et je n’ai pas trouvé. Je sais pas comment faire parce que sans ça, je peux rien entendre.

 

Moi, chaque fois, je confie à Dieu ces heures qui vont se passer. Alors quand la dame me dit ça, au fond de moi, j’appelle : ‘Seigneur ! Comment je vais faire ? Aide-moi à retrouver cet appareil ! Il faut que je le retrouve avant de sortir de cette chambre.’

 

Donc j’ai cherché, cherché, cherché… Au moment où j’allais sortir, je vois l’appareil ! Il est emmêlé dans l’écharpe en laine, posée dans un coin. Au fond de moi, j’ai dit : ‘Merci Seigneur.’

 

Elle m’a fait la bise et elle m’a dit : ‘Georgette, sans toi, comment j’aurais fait cette nuit ? Vraiment, tu vas me donner le sourire !’

 

Et lendemain soir : ‘Georgette, j’ai tellement bien dormi… comme un bébé !’

 

Voilà. Tu vois, des histoires comme ça, tu te dis que le peu que tu peux faire, quand tu permets aux gens d’avoir le sourire, c’est génial !

 

Pour ce soir, je suis un peu stressée, avec tout ce qu’il se passe. Mais bon, on croise les doigts… »

 

Georgette travaille comme agent d’accompagnement auprès des aides soignantes dans un EHPAD à Paris. Elle a deux enfants avec Adama, qui est éboueur de la Ville de Paris. 

 

Rencontre réalisée en mars 2020

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