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Iklef

Saint-Denis

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Iklef

 

The building where Iklef lives, Landy Street, in Saint-Denis, replaced in 1994 three pavilions where he used to come to visit his classmates. “I went to their places, they came to mine. We also learned to drive on the big empty lot around the building, in the cars that the older kids would steal. » […]

 

 

 

“There was also the Club Dorothée situated at 144 President Wilson Avenue. To attend the shows, we did not need to be invited: “The older kids who worked security let us sneak in. And there was plenty of candy! »

 

Iklef also knew the “last pastry chef of the neighborhood », who took him under his wing. Since he did not like this career, he ultimately chose plumbing. Now, he knows how to fix everything in a house. “There are some grandmas living in the building behind, a lot of old women, single, some without children, who never go out. So, I just come give them a hand.”

 

Also by helping his uncle, the owner of the Hôtel de la Plaine just across from the building, Iklef one day found reservation tickets in the basement, evidence of what was there before the building and the three pavilions: “Hôtel de la piscine” was written on scraps of paper.

 

Though the uncle is now the owner, he lived in a room in Paris in the 60s with Iklef’s father and four of their cousins. They worked as welders at Unic-Fiat in Trappes, “two hours to get there, two hours back.” Later, Iklef’s father became the enamel painter at the Plaine Saint-Denis. “That’s where we lived, above the factory where my father worked”, the factory that later became a brasserie, L’Emmaillerie. […]

 

My mother was married at 13. My father was 17. Before it was ‘Oh, it’s him and that’s it.’” Yet they seem to be a happy couple. “But my father did not bring her here right away, he first prepared where they were to stay. He did pretty well, many others did not bring their wives and children over. And some have all lived in one room. »

 

His uncle’s hotel had seen a good amount of sick men: their family was in Algeria but health problems brought them to France. They remained alone in Paris, “sometimes for several months or even a year »… The emotional ties are ultimately stronger: “They should’ve stayed here but they went back. And the hospitals there were hot. So, when they come back here in an emergency, it’s too late. There was one in the hotel, only weighed 50 kilos! One evening he said: ‘There is something wrong with my belly.’ He came down by himself, he got in the fire truck by himself. But at six in the morning, he closed his eyes …

 

Now to pay for the repatriation of bodies, each village has an association. […] Thanks to the association, we could also build the school, the health center, a ballroom … We got gas and water in all the homes.  » 

 

 

English translation by Kenson Toussaint, Salem State University, Salem, Massachusetts USA

 

View English version

 

La résidence où habite Iklef rue du Landy à Saint-Denis a remplacé en 1994 trois pavillons où il venait rendre visite à ses copains de classe. « J’allais chez eux, ils allaient chez moi. On apprenait aussi à conduire sur le grand terrain vague autour de la résidence, dans les voitures que les grands allaient piquer ». […]

 

 

 

« Il y avait aussi le Club Dorothée au 144 avenue du Président Wilson. Pour assister aux émissions, on avait pas besoin d’être invités : les grands qui travaillaient à la sécurité nous faisaient rentrer. Et il y avait plein de bonbons ! »

 

Iklef a aussi connu le « dernier artisan pâtissier du quartier », qui l’a pris sous son aile. Comme ce métier ne lui plaisait pas, c’est finalement la plomberie qu’il a choisi. Aujourd’hui, il sait tout réparer dans une maison. « Il y a des mamies dans l’immeuble derrière, beaucoup de femmes de cheminots seules, certaines sans enfant, qui ne sortent jamais. Alors je viens leur donner un coup de main. »

 

En aidant aussi son oncle, propriétaire de l’Hôtel de la Plaine juste en face de la résidence, Iklef découvre un jour des tickets de réservation dans la cave, témoins ce qui se trouvait avant la résidence et les trois pavillons : sur les bouts de papier était écrit « Hôtel de la piscine ».

 

Si l’oncle est aujourd’hui propriétaire, il a occupé une chambre à Paris dans les années 60 avec le père d’Iklef et quatre de leurs cousins. Ils travaillent comme soudeurs chez Unic-Fiat à Trappes, « deux heures aller, deux heures retour. » Plus tard, le père d’Iklef devient peintre émailleur à la Plaine Saint-Denis. « C’est là que nous habitions, au-dessus de l’usine où travaillait mon père », usine plus tard devenue brasserie, L’Emaillerie. […]

 

Ma mère a été mariée à 13 ans. Mon père en avait 17. Avant c’était “ Tiens, c’est lui et puis voilà. ” » C’est pourtant un couple qui semble avoir été heureux. « Mais mon père ne l’a pas ramenée ici tout de suite, il a d’abord préparé le terrain. Il s’est bien débrouillé, beaucoup n’ont pas ramené leur femme et leurs enfants. Certains ont toujours vécu dans une chambre. »

 

L’hôtel de son oncle a vu passer beaucoup d’hommes malades : leur famille est en Algérie mais les problèmes de santé les ramènent en France. Ils restent à Paris seuls, « des fois plusieurs mois voire un an »… Les liens affectifs sont finalement plus forts : « Ils devraient rester ici mais ils repartent. Et les hôpitaux là-bas, c’est chaud. Alors quand ils reviennent ici en urgence, c’est trop tard. Il y en avait un à l’hôtel, 50 kilos y faisait ! Un soir il a dit : ‘Y a quelque chose, ça va pas dans mon ventre.’ Il est descendu lui-même, est monté lui-même dans le camion des pompiers. Mais à six heures du matin, il fermait les yeux…

 

Maintenant pour payer le rapatriement des corps, chaque village a une association. […] Grâce à l’association, on a pu construire aussi l’école, le centre de santé, une salle des fêtes… On a fait rentrer le gaz et l’eau dans les maisons. » 

 

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