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Jahangir

Paris 18e
Quartier de la Chapelle

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Jahangir

Notre deuxième langue, c’est l’anglais. Je ne parlais pas un mot de français. C’était important, apprendre la langue. »

 

 

 

Jahangir est arrivé du Pakistan en 2010. « Je suis vendeur dans une boutique d’extension de cheveux. […] Grâce à l’ENS Espace Torcy, j’ai commencé les cours de français il y a 6 ans, trois soirs par semaine à 19h30. […] Il y a plein de choses à faire, réviser les cours. J’arrive chaque fois un peu tard à 20h00. Mais si on a envie d’apprendre quelque chose, il faut oublier la fatigue.

 

Les profs sont tous bénévoles pour les cours du soir. En ce moment on aide les autres apprenants qui ne parlent pas du tout, qui sont depuis dix ans en France, pas seulement ceux qui viennent d’arriver. J’aime bien aider les gens. […]

 

Je suis de Karachi. Quand j’étais là-bas, j’ai des amis, je n’aime pas rester en retrait. Au début en France, je restais avec des amis indiens ou pakistanais qui parlent notre langue. Un problème de nous étrangers : on vit, on travaille dans notre communauté et dans notre langue. C’est pour ça, nous pas bien parler peut-être. […] Avec l’équipe du centre social et les autres élèves, après on est devenus amis. […]

 

Maintenant ça y est… quand même. Vous m’avez rencontré, je vous ai expliqué ce que vous m’avez demandé. Pas forcément correctement mais quand même. J’explique. […]

 

A l’ENS et avec une association, les Musiterriens, on a commencé le cours de musique aussi, une fois par semaine. Après ça a monté-monté-monté et c’est devenu une grande chose pour nous. […]

 

Ils ont créé un projet, “ Chante-moi d’où tu viens. ” […] J’ai présenté trois chansons, ils ont aimé une chanson qui s’appelle “ Awara hoon ” c’est-à-dire “ Je suis flâneur. ” C’était une ancienne chanson des années 1960. […]

 

– Que raconte la chanson ?

– Globalement je vais vous dire : “ Je suis flâneur, personne ne m’aime mais c’est pas grave, je m’en fiche. Je distribuerai l’amour, le sourire et je n’arrête pas. ” C’est très jolie chanson, vous pouvez regarder.  […]

 

Ils ont bien aimé, on a travaillé sur ça avec l’orchestre, avec le choeur aussi. […] Chaque personne n’a pas la chance d’exprimer son art mais grâce à cette association, on a trouvé l’endroit pour exprimer notre talent.

 

Et puis ils nous donnaient la confiance en nous-mêmes. Parce qu’on a rencontré des gens, on a parlé. Au début, on parlait pas très bien français : on ne pense pas mais le cours de musique c’est aussi une bonne idée pour apprendre la langue, la prononciation, et pour enlever l’hésitation. […]

 

Le groupe de nous, on a jamais chanté devant du public, on est chanteur de bain. Quand on a chanté première fois devant du public, c’était un petit peu stressant. […]

 

« Le premier concert, c’était à Paris, la MPAA à Saint Germain-des-Prés. Il y a 250 personnes devant nous. »

 

Epatée et amusée, je demande à Jahangir : « Ah oui ? Saint-Germain-des-Prés ? Directement ? »

Et lui de me répondre, l’air malicieux et faussement crâneur : « Ouais, directement ! Dans une grande salle ! […] Après, on a fait Stalingrad, le 104, en plein air aussi on a chanté… Avec Romane Boringher, on a chanté avec elle, au Théâtre de l’Atelier dans le quartier du Sacré Coeur. Elle a lu un texte sur les migrants, surtout sur la Méditerranée que les gens ont envie de traverser et ils ont morts dans la mer. […] 

 

On a enregistré un CD aussi, en janvier-février. C’était une grande expérience, nous on était jamais allé dans le studio. […] Le projet de musique, c’était trop bien, c’était une super idée. » 

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