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JP Mano

« Je suis très réservé, très timide. Alors je me planque derrière mes platines, je me planque derrière ma casquette et je me planque derrière la musique des autres pour dire ce que j’ai à dire…

La musique, pour moi, ça part d’une démarche essentielle. »

 

 

 

Jean-Philippe est DJ, coach vocal, et enseigne l’histoire de la musique afro-américaine.

 

« J’ai deux façons de dealer avec le fait d’être un type à fleur de peau : d’abord, l’extrême dérision. Je me moque de tout, de tout le monde, tout le temps, et en premier lieu de moi-même.

Et puis il y a une potion magique : la musique et les émotions qu’elle génère.

La musique est le siège ultime de la vibration humaine.

Face à une assistance, j’essaie de déterminer son genre, s’il est féminin, masculin, ou ni l’un ni l’autre, selon les réactions aux fréquences que j’envoie.

 

Les émotions conditionnent la musique et la façon dont je vais la passer. Et avant d’être de la musique, avant d’être des morceaux clairement identifiables, ce sont d’abord des vibrations.

 

Quand un mec craque sur une nana ou une nana sur un mec, et qu’ils ne savent pas comment s’aborder, tu vois la façon dont ils essaient de s’attirer en devenant des identités remarquables l’une pour l’autre. Et quand tu trouves un point commun musical entre les deux, tu as l’impression qu’ils sont comme deux pôles qui vont finir par s’attirer.

S’ils n’ont pas eu ce qu’ils veulent dans la soirée, ils n’ont pas envie de partir, et s’ils sont venus en groupe, c’est d’eux que va dépendre la soirée…

Et en fait, je ne mets pas la musique pour les gens qui dansent ; les gens qui dansent a priori danseront toujours. J’ai appris à me rassurer sur le fait de voir une table de gens qui ne dansent absolument pas. Par leurs gestes et leurs échanges, je vois si la musique reste leur interlocutrice privilégiée. Elle peut aussi être simplement un outil d’agrément : des gens assis pendant quatre ou cinq heures, ça montre qu’elle participe à la soirée qu’ils passent.

 

J’ai toujours voulu observer. C’est comme ça qu’on m’a transmis ce métier et je l’ai poussé à l’extrême.

 

Boris m’a donné mes premières clés ; ça me fascinait de voir comme il procurait des émotions aux gens avec les mêmes disques que ceux que j’avais à la maison. Ça a été une révélation. Boris, c’est l’ami de ma vie. Il est décédé il y a huit ans.

 

Il était DJ au Palace et m’y a fait rentrer : c’est comme ça que j’ai fait mes armes. Il me laissait faire des débuts de soirée. Et puis un jour, il me dit : ‘Je vais aux toilettes. Vas-y, mets la musique. T’inquiète pas, je prends mon temps, je reviens.’

 

Il est 23 heures. OK, je mets un disque, deux disques, cinq, dix, vingt… Il est 1 heure du matin et à l’époque, quand tu mixes au Palace, c’était pour Mike Jagger, Grace Jones… Tout le gratin, 3000 personnes. Et Boris qui ne revient pas. Je me dis : ‘Il faut vraiment que personne à aucun moment ne vienne me voir et surtout pas le patron pour me demander où est Boris.’

 

Et donc je fais la soirée le mieux possible.

 

A 4 heures, le boss vient me voir : ‘Il est où Boris ?’ Je lui dis qu’il est aux toilettes et je transpire comme un cheval et j’ai la peur au ventre et je suis super mal pour Boris !

 

5 h 30 : il arrive avec le boss et un grand sourire. Je lui dis : ‘T’étais où ??’

 

– Dans les bureaux ! On était entrain de t’écouter… C’est parfait. Tu peux le faire tout seul maintenant. » 

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