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Mariam

Paris 12e

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Mariam

 

Mariam is a little worried: « If you not understanding what I’m saying, you have to question me, okay!  » […]

 

 

 

Born in Mali, daughter of a Peul mother and Soninke father, granddaughter of a Touareg, Mariam arrived in Paris in 1981. « I married very very young, already before arriving here. And the year that I married, I lost my mother. She does not want me married. But it’s the father who decides and it’s not the mother.  » […]

 

After 5 years in France, Mariam heard about the La Clairière social center for the first time.

 

« I’m crying all day, I wanted to meet someone like my mother … A lady explained to me one day, at the park. I was with my daughter. She said to me, ‘Not crying’. I said, ‘There is no family, no mother, no aunt, nothing at all.’

 

She said to me: ‘Wait, there is the social center, it will help you speak a little French, and all that.’ She accompanied me there. The first day already, they are in love with me, they introduced me to everyone! There, they teach us to speak, write and read. And the accounts too.

 

I have never been to school. In Mali, we are in a small village – well now it’s big. Parents, they do not want girls to go to school. Afterwards, boys too, it’s not all boys. There, the boys who go to school are the people who can afford it. […]

 

La Clairière, the social center, they gave me everything, everything. They did everything for me and my daughter. This is my second family.

 

I had never even seen the sea! I’m too afraid ! With La Clairière, they brought us with my daughter. I said, ‘There is water that is alive. It breathes! Oh no I do not stay here, I want to leave, I want to go home!’ (Laughs). They said, ‘Mariam, that’s the water. It’s normal.’ I said, ‘Yes, but I do not know how it moves like that.’ […]

 

I discovered a lot of things through them. I do not forget. Never. […]

 

I said I wanted to become a professional facilitator. Even if I can not read and write. Well, I can read a little. I read anyway, you see. When I read something that I do not understand, I ask, ‘What does that mean?’ But writing by hand is hard. I can copy but I can not write with my own hands.

 

This year, the director of my training, when I applied, we are 32 people. […] In the end, it’s me. I said, ‘I’m here because the I like the work when I went to play with the kids, the kids they like me but I’ve never been to school.’”

 

And Mariam laughs at the memory of this great moment: « I said, ‘Yeah, I’ve never been to school! I speak French very badly. Yes, I know what to do. I know how to take care of children. I have been with children for a long time.’ I explained everything. I said, ‘In Africa, we grew up to take care of children. 8 years old, a child is on our back. Well, I like to work with kids.’ After I finish, I say: ‘I housekeeper, I do not graduate.’

 

After when we finish, everyone has got up to applaud. The director cried, he said, ‘I never heard that, I never saw a person who will come to say, I have never been to school, I speak very bad French. I never saw that!’ He said to me, ‘It’s the what you want that counts. Because African women hide their value. They do not want to show their wishes.’

 

I said: ‘Because of that, I have never been to school, I speak very badly, I learned French badly, I am ashamed to speak in front of people, I am ashamed to work in front of people.’ […]

 

 

I talked about what I want to do with a teaching degree. The director at the Clairière said, ‘Okay, I’ll pay for it.’ […]

 

Here. I succeeded. That’s it, I graduated. This year ! I’m happy ! Oh yes. I’m no slouch! I want to move! Never too late ! »

 

 

English translation by Kenson Toussaint, Salem State University, Salem, Massachusetts USA

 

View English version

 

Mariam est un peu inquiète : « Si vous arrive pas à comprendre ce que je dis, il faut me questionner, hein ! » […]

 

 

 

Née au Mali, fille de mère peule et de père soninké, petite-fille de touareg, Mariam arrive à Paris en 1981. « J’ai marié très très jeune déjà avant d’arriver ici. Et l’année que je mariée, j’ai perdu ma mère. Elle veut pas je mariée. Mais c’est le père qui décide et c’est pas la mère. » […]

 

Après 5 ans en France, Mariam entend parler pour la première fois du centre social La Clairière.

 

« Je pleure toute la journée, je voulais rencontrer quelqu’un comme ma mère… Une dame m’a expliqué un jour, au jardin d’enfants. J’étais avec ma fille. Elle m’a dit : “ Pas pleurer. ” J’ai dit : “ Ici y a pas de famille, y a pas ma mère, y a pas ma tante, y a rien du tout. ”

 

Elle m’a dit : “ Attends, y a le centre social, ça va t’aider un peu parler français, tout ça. ” Elle m’a accompagnée là-bas. Le premier jour déjà, ils sont coup de foudre avec moi, ils m’ont présentée à tout le monde ! Là-bas, ils nous apprendre à parler, écrire et lire. Et les comptes aussi.

 

Moi, j’ai jamais fait l’école. Au Mali, nous on est dans un petit village déjà – bon maintenant c’est grand. Les parents, ils veulent pas les filles suivent l’école. Après, les garçons aussi, c’est pas tous les garçons. Là-bas, les garçons qui vont à l’école, c’est les gens qui ont les moyens. […]

 

La Clairière, le centre social, ils m’ont tout donné, tout. Ils ont tout fait pour moi et ma fille. C’est ma deuxième famille.

 

Même j’avais jamais vu la mer ! J’ai trop peur ! Avec la Clairière, ils nous ont amenées avec ma fille. J’ai dit : “ Y a l’eau qu’est vivant. Y respire ! Ah non je reste pas ici, je veux partir, je veux rentrer chez moi ! ” (Rires). Elles ont dit : “ Mariam, ça c’est de l’eau. C’est normal. ” J’ai dit : “ Oui mais je sais pas comment ça bouge comme ça. ” […]

 

J’ai découvert beaucoup de choses grâce à eux. J’oublie pas. Jamais. […]

 

J’ai dit je voulais devenir animatrice professionnelle. Même si je sais pas lire et écrire. Bon je sais lire un peu. Je lire quand même, tu vois. Quand je lis quelque chose que je comprends pas, je demande : “ Ça veut dire quoi ça ? ” Mais écrire à la main, c’est chaud. Je peux copier mais j’arrive pas à écrire par cœur avec les mains.

 

Cette année, le directeur de mon formation, quand j’ai présenté, on est 32 personnes. […] A la fin, c’est moi. J’ai dit : “ Je suis là parce que le travail que j’aime bien j’ai allé jouer avec les enfants, les enfants ils m’aiment bien mais j’ai jamais été l’école. ” »

 

Et Mariam éclate de rire au souvenir de ce grand moment : « J’ai dit : “ Ouais, j’ai jamais été l’école ! Je parle très mal le français. Oui, je sais ce que je dois faire. Je sais bien occuper les enfants. Ça fait longtemps j’ai avec les enfants. ” J’ai tout expliqué. J’ai dit : “ En Afrique, on a grandi pour occuper les enfants. Huit ans un enfant elle est sur notre dos. Ben j’aime bien animatrice. ” Après je finis, je dis : “ Je femme de ménage, je pas de diplôme. ”

 

Après quand on finit, tout le monde il s’est levé pour applaudir. Le directeur il a pleuré, il a dit : “ Je n’ai jamais entendu ça, je n’ai jamais vu un personne qu’a volonté pour venir, pour dire: ‘J’ai jamais été à l’école, je parle très mal français.’ Je n’ai jamais vu ça ! ” Il m’a dit : “ C’est la volonté qui compte. Parce que femmes africaines, elles cachent leur valeur. Elles veulent pas montrer ses volontés. ”

 

J’ai dit : “ A cause de ça, j’ai jamais fait l’école, je parle très mal, j’apprenais français mal, j’ai honte parler devant les gens, j’ai honte travailler devant les gens. ” […]

 

J’ai parlé comme quoi je veux faire le BAFA. Le directeur à la Clairière, il a dit : “ D’accord, je vais le payer. ” […]

 

Voilà. J’ai réussi. Ça y est, j’ai diplômée. Cette année ! Je suis contente ! Hé oui. Je laisse pas faire hein ! Je veux bouger ! Jamais trop tard ! » 

 

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