Marinette

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Marinette

« J’aimais préparer les tambourins, des boîtes rondes où il fallait placer les dragées debout, une par une. Un jour, il y a eu une erreur dans la date d’un baptême inscrite sur les boîtes. On m’a tout mis sur le dos, alors que je ne m’en occupais pas. Je suis partie de cette boulangerie sur-le-champ… C’est à cette époque que j’ai commencé à m’affirmer. »

Marinette est fille d’un « kabyle retraité militaire devenu gardien d’usine et pas toujours marrant » et d’une mère au foyer « qui faisait des petites cachotteries avec nous secrètement, pour nous donner un peu de souplesse… La rigueur de mon père était une façon de nous protéger ; quand tu es jeune, ça, tu ne le comprends pas. »

Aujourd’hui habitante de la résidence Michelet dans le 19e arrondissement à Paris, Marinette a créé une association de locataires. « J’ai toujours cherché le contact avec les gens. On m’a tellement coupé le sifflet quand j’étais jeune ! », dit-elle en souriant.

Après un CAP de comptabilité « pour avoir la paix » avec ses parents, elle travaille dans la lingerie à Laon – « et je suis partie quand j’ai découvert que nous vendions des habits déjà portés par la gérante à l’insu des clients » –, dans le champagne à Reims – « et je suis partie quand le champagne a commencé à me sortir par le nez » –, dans une station de ski à Andorre – « et je suis partie parce que la choumba tous les soirs, ça va cinq minutes ».

Arrivée à Paris, sans famille sur place, elle dort à l’hôtel et trouve un travail comme serveuse dans un restaurant. « Cette fois, je suis restée quatorze ans… Je me sentais bien, c’était les personnes, l’ambiance… J’étais comme chez moi. Et ils faisaient tout pour que tu évolues, tu vois ? Je suis passée à hôtesse d’accueil, puis à maître d’hôtel de coupures, de fermeture, d’ouverture… À la fin je gérais une quarantaine de personnes.

J’aimais mon métier mais les gestionnaires ont fini par voir un peu grand ; chacun a voulu reprendre ses parts. C’est devenu le souk, ça n’allait plus, surtout pour les cuisiniers. Moi j’ai toujours travaillé en équipe. Toute seule, je ne suis rien du tout, tu comprends ? C’est pas parce que tu es au niveau de la cuisine que je ne dois pas m’occuper de toi. Il faut un respect, voilà. Ce qui leur arrivait aurait pu m’arriver aussi.

Devant la direction, je les ai défendus. Pourtant c’était pas simple : dans cette période-là, j’habitais dans un deux pièces à Bastille avec ma fille, qui étudiait médecine à Saint-Antoine.

J’ai toujours travaillé dans des endroits où j’ai eu la liberté d’expression et j’ai toujours fait les choses avant qu’on me le demande. »

Dans la résidence Michelet, Marinette « essaye de rapprocher les gens pour parler propreté, incivilités, tri sélectif… Dans l’ensemble, il est agréable ce quartier-là et il y a des moments où ça coince. L’année dernière nous avons installé un petit stand tous les soirs au pied des tours. On entendait : ‘Pourquoi dialoguer ? Ça sert à rien, ça sera toujours pareil !’ Et je répondais : ‘Si on discute pas, alors oui ça sera toujours pareil.’ D’autres locataires ont trouvé que c’était intéressant. La propreté, c’est se respecter, se faire respecter par son acte et respecter son voisin.

Quand vous avez un nouveau locataire qui arrive sur votre palier, essayez de lui tendre la main et de l’informer sur le fonctionnement des lieux, du tri des déchets…

Vivre ensemble, c’est ne pas toujours comprendre la mentalité de l’autre et essayer quand même de discuter pour mieux y arriver.

J’ai deux chiens et je ramasse toujours leurs cakes. » Marinette m’explique en souriant : « Le mot ‘crotte’, ça fait ‘gnin gnin’ et le mot ‘merde’ ça fait vulgaire. Alors je dis ‘cake’… Donc une fois, une fille me dit : ‘Ah ! C’est sale ce que vous faites !’ Je lui réponds : ‘Pardon ma chérie ? Tu crois que si tu marches dedans, c’est pas plus dégueulasse ?’

Une autre fois, je fumais une cigarette, il y avait un jeune, je lui dis : ‘Je suis désolée, je n’en ai pas sur moi.’ J’essaie de ralentir alors je ne descends pas avec le paquet entier. Je lui dis : ‘Par contre, si vraiment vous voulez une cigarette, je vais vous en descendre une.’ Il est resté sur le cul. Je suis montée et je lui ai redescendu une cigarette. Et depuis, il me dit bonjour.

Ce qui me motive, c’est le respect de son prochain. Certaines personnes ne sont pas aidées alors j’essaie de les informer. Ce sont souvent des femmes et des personnes âgées, ou aussi des personnes qui ont un manque d’instruction. Bon, je dis pas que je suis au top de l’instruction moi-même mais j’ai appris sur le terrain, c’est tout. J’ai pas envie de refaire le monde parce que c’est trop compliqué, je serai dans le trou avant. J’essaie juste de l’améliorer. »

Rencontre réalisée en février 2019

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