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Mike

« Enfant, lors des visites chez mes grands-parents sur la côte sud d’Afrique, je regardais les bateaux sur l’horizon et je pensais : ‘Il y a probablement des gens là-bas… Je me demande comment ça se passe.’ »

 

 

 

Aujourd’hui, Mike est capitaine de navire.

 

« À l’université, j’ai appris ce qu’était l’apartheid. Je n’avais jamais trop pensé à la politique et je n’avais jamais remis en cause notre environnement social : les personnes noires qui vivaient dans les townships, les personnes blanches dans un endroit et la population indigène dans un autre… Il y avait la guerre, on nous disait que c’était les Russes qui essayaient de conquérir l’Afrique du sud, alors qu’en réalité, c’était des Africains nationalistes qui combattaient pour la démocratie.

 

La présence de la police était très forte à l’époque. Je suis allé à des réunions secrètes et j’ai appris un peu plus sur la vérité des choses. C’est pourquoi j’ai pris la mer : il y avait la conscription militaire qui s’annonçait, pour une durée de deux ans. Un moyen d’être exempté était de travailler dans la marine marchande pendant treize ans.

 

Accepter cette durée en mer n’était pas un problème : quand je suis monté sur mon premier bateau, je l’ai aimé immédiatement.

 

La plupart du temps, j’étais sur des navires de fret général : il y avait des pièces d’une plate-forme pétrolière, et une grue, et un camion, et un bateau, et des balles de tabac, des balles de papier, des conteneurs de livraison… C’était comme un gros puzzle en trois dimensions.

 

J’ai adoré ces bateaux et les voyages, et puis à un moment donné, j’ai commencé à m’intéresser à l’écologie.

 

J’avais une petite maison dans un village près du Cap. Un groupe écologique utilisait un modèle de permaculture dans les environs. J’ai été très emballé par le jardinage, puis l’agriculture, puis… dès qu’on commence, on ne peut plus s’arrêter. Quand je débarquais dans des pays étrangers, je trouvais des groupes écologiques locaux. À Vancouver, j’ai découvert Greenpeace : ‘Ah ! Il y a un bateau et c’est pour l’environnement.’ Ce n’était pas une décision difficile…

 

Je suis très content de notre réalité actuelle même s’il y a de grandes souffrances. Jusqu’à ce que nous atteignions l’égalité et que nous redressions les fautes du passé où nous avons pris les richesses des pays du tiers monde et endommagé beaucoup d’endroits, nous aurons toujours des problèmes.

 

Je compare souvent nos tragédies à des orages en mer. Dans une météo difficile, tout ce qu’on peut faire, c’est son travail. Si on n’est pas en service, la meilleure chose est de s’allonger car le bateau bouge tellement. Cela peut prendre des jours ou des semaines, mais vous arriverez toujours de l’autre côté.

 

Ma première femme est morte à trente ans. Savoir que nous allions nous perdre l’un et l’autre, c’était tragique et douloureux mais aussi une expérience belle et pleine d’amour. Cette tragédie s’est transformée en un véritable cadeau pour moi parce que désormais, je sais ce que l’amour est réellement.

 

J’ai quitté la mer pendant trois ans pour voyager sur une mer différente. J’avais décidé de faire ce voyage jusqu’à ce que je sois à court d’argent. J’ai tout vendu : ma maison, mes voitures… Le jour où je n’aurais plus rien, soit j’aurais une réponse divine, soit je retournerais au monde normal.

 

Il n’y a pas eu de telle réponse mais j’ai appris qu’il existe des synchronicités, des outils, et des alliés qui peuvent nous aider.

 

Savoir qu’il existe des profondeurs, qu’il existe plus que ce que nos yeux voient, ça fait de la vie un voyage bien plus intéressant. 

 

J’ai un fils, il a six ans. J’aimerais lui montrer l’Antarctique. Il y a deux semaines, je l’ai emmené faire de la voile pour la première fois. Il était très heureux et a beaucoup aimé. » 

 

Traduction en français de Raymond Harris, Salem State University, Salem, Massachusetts USA.
 
Rencontre réalisée en octobre 2018

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