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Mylène

Paris 13e

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Mylène

« Avant d’arriver en France, on a atterri en Thaïlande. Je ne sais pas combien de temps mais je sais qu’il y avait un endroit pour les réfugiés. Là, on apprenait le français. »

 

 

 

Mylène a fui le Cambodge avec sa mère et son frère en 1981, elle est arrivée en France à l’âge de 8 ans.

 

« Mes souvenirs du Cambodge, c’est la guerre… Il me semble aussi avoir fait un peu les champs. Je me souviens encore que j’étais en train d’arracher une sangsue et qu’elle restait accrochée à moi.

 

Maman a couru partout pour venir nous chercher parce qu’à l’époque, c’est arrivé d’un coup. Ça n’était pas elle qui nous élevait, elle a dû venir nous chercher chez la nounou. Je me souviens aussi qu’elle faisait du troc pour pouvoir se nourrir. J’ai tenu dans ma main des balles, des fusils. J’ai aussi vu un champ de corps. Je me demande parfois si ce que j’ai vécu, c’est vrai ou pas vrai. Mais pour moi c’était réel, c’est ça le problème. C’est là aussi que j’ai perdu mon père, il a dû être déporté. Arrivés en France, Maman a quand même essayé de retrouver mon père en mettant des photos de nous dans les journaux avec son ancien nom, tout ça…

 

Je pense qu’à 8 ans, ça va encore, on n’a pas trop de liens affectifs avec le pays natal. J’ai grandi en tant que française. Dans ma tête, j’étais française de toute façon. Quand on est arrivé en France, c’était comme si c’était ma patrie. C’est ça que j’ai ressenti. La France nous a accueillis par rapport à notre pays que nous devions fuir. »

 

Je suis chez Mylène. Elle me prépare un café et me donne déjà l’impression d’être comme une bonne voisine que je fréquenterais depuis longtemps. Sur un mur du salon, une peinture d’Angkor Wat et sur celui d’en face, plusieurs photos de son fils, Anthony. « Je trouve que c’est important de connaître les racines. »

 

Anthony a l’âge de Mylène quand elle est arrivée en France. « Pour l’instant, on lui dit simplement qu’on a dû quitter le Cambodge à cause de la guerre.

 

Il passe en CE2. Dernièrement j’ai vu ses notes et elles sont bonnes. Parfois même, ce que j’ai compris, c’est qu’il aide aussi ses camarades. Entendre ça, c’est sympa ; on sait jamais ce qui arrive, il faut toujours essayer d’apprendre.

 

Cette année, il a arrêté le judo. Il va partir une semaine en colo de foot avec les autres enfants. Son père est très foot. Il lui a offert à son anniversaire toute la panoplie du PSG.

 

Depuis que je suis inscrite à Maison 13 Solidaire, on sort beaucoup. Il se passe plein de choses à l’association, que ce soit pour adultes ou pour enfants : du dessin, des cours de poésie, et récemment la fête de la femme. C’était hyper sympa. On fait aussi des sorties comme le Salon de l’Agriculture. En général ceux qui viennent là, ils ne sont pas tellement riches. Ils ont besoin d’aide, comme moi ils m’ont aidée. Il y a aussi les cours de cuisine, ça permet aux enfants de côtoyer d’autres enfants, et les parents d’autres parents. Y a un échange, quoi.

 

Et puis ils sont toujours là pour répondre à nos questions et nous aider s’ils peuvent. »

 

L’atelier cuisine du samedi est destiné aux familles ; Mylène y vient seule. « Elle a toujours le sourire et des paroles gentilles pour tout le monde » me raconte-t-on chez Maison 13 Solidaire.

 

Mylène : « C’est ça qui est bien en fait : chez Maison 13 Solidaire, ils acceptent quand même des parents sans que l’enfant soit là. Tiens une fois, il y avait une réunion et ce jour-là, j’étais impressionnée par une grand-mère qui avait huit ou dix enfants, et des petits-enfants. Dans sa famille, il y a déjà une diversité : que ce soit ses filles ou ses fils, qui côtoient des portugaises, des espagnols… et elle se demandait comment gérer ça, les fratries. Ça m’a impressionnée parce que moi avec mon fils, j’ai tellement peu de contact.

 

Ça m’a intéressée de l’écouter. Ça permet de comprendre comment les uns les autres vivent, de connaître un peu d’autres que soi. Dans une association, y a de tout, donc on ne peut que s’y plaire. »

 

Maison 13 Solidaire : « Qu’on ait un enfant ou pas, on a sa place pour vivre des moments en tant que parent. Au centre social, on va organiser des sorties en famille en bord de mer ; peut-être que Mylène sera là, avec son fils ou pas. Pour les parents qui ont des enfants, ça peut être aussi sympa qu’il y ait des adultes qui ne sont pas avec leurs enfants ou qui n’en ont pas. C’est important de faire en sorte que tout le monde se rencontre.

 

On dit qu’en Afrique, quand un enfant fait une bêtise, toute la communauté est prête à lui dire : ‘’Attends, là ce que tu es en train de faire, ça va pas.’’ En France, si un enfant fait une bêtise, on ferme les yeux, on tourne la tête. Or on peut se sentir impliqué, investi et légitime dans l’éducation des enfants, que ce soit les nôtres ou pas.

 

En décembre dernier, on a fait Noël et Mylène est venue. Elle avait sur ses genoux un petit enfant, un bout-de-chou qui devait avoir cinq ans. Il était comme dans les bras de sa maman, la confiance totale. Il y avait ce joli moment, quoi. Mylène a quelque chose en elle qui fait qu’on va facilement vers elle. » 

 

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