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Nestor

Paris 19e

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Nestor

 

“We went a lot to 104 at the beginning, to support them,” says Nestor. “When we were a young, rich couple,” added his wife Roselyne smiling in a falsely melodramatic tone. The docks at the Villette pond, especially during Paris Plage, and the equestrian center of Villette are among their favorite outings with their daughters.

 

 

 

“I arrived to Italy on August 5th, 1993 at 7 in the morning.” Nestor’s memory astonishes me, yet I am discerning: “Ah ha, it was then that you fell in love with Roselyne!”. Failed: “It was the first time I set foot in a plane, the first time I came to Europe, the first time I heard Italian spoken. To tell the truth, I didn’t know that Italian existed.” With a Yacouba mother and a Dioula father, Nestor has had the habit of juggling different dialects since he was little. “I love languages.” We want to believe it: having lived in Rome with a family with five children, he learned Italian in a month, sine qua non condition for college acceptance.

 

He entered into the seminary in Padua. Well, why the seminary? I am talking to a Nestor who is married and the father of three kids. He explained to me that he was baptized when he was 17 years old and made the journey up to the profession of faith. “I received a lot, what can I do?” had been the question that he then posed to Father Paolo. The Father suggested a path:

-“The seminary.”

-“Why the seminary?”

-“To shape you and make you either into a good priest or a good husband.”

 

Ah! Here I have a good story. Wait for the next part, Roselyne isn’t too far off.

 

Our young seminarian learned philosophy for three years: “No philosopher is banned at the university. My favorite philosopher is Nietzsche and he’s not fondest of religion.”

 

Me: “And after you found Roselyne!” Nestor: “Not at all.” Well… “The conviction was not there by the second year.” […] In any case, Nestor, who isn’t the type to brag, points out that he has never gotten less than 9 out of 10, “cum laude.” Not bad for an Ivorian who had never left his country before 18 years old and who didn’t know Italian… Friendships still remain from those days.

 

At 19 years old, a discovery profoundly shocks him: “My region in the Ivory Coast is a forest region. From us come out centuries-old big logs of mahogany, iroko, gmelina… I finally understood that they take from my home what theirs doesn’t have.” Yet upon his arrival in France, he crossed an immense forest: “Look, there is this forest, all this wood, all this wealth… and I wondered why they were cutting down all the wood in our place.”

 

I also learned that Nestor’s grandmother did forced labor.

 

Today, the association he created three years ago brings together French and Ivorian skills. O’Rizon allows 450 families, around 2,700 people, to free themselves from the famine in the Ivory Coast and become self-sufficient.

 

-“At 7 years old, I had my vision. Later on, I decided that I wanted to find the place between here and there to put in place solutions and soften the resentment. Priest or not, what I’ve learned here should serve my people.”

 

-“Okay… and is that when you fell in love with Roselyne?” 

 

 

English translation by Nathalie Reyes, Salem State University, Salem, Massachusetts USA

 

View English version

 

On allait beaucoup au 104 à leurs débuts, pour les soutenir », dit Nestor. « Quand nous étions un couple jeune et riche », ajoute sa femme Roselyne en souriant sur un ton faussement mélodramatique. Les quais du Bassin de la Villette, surtout pendant Paris Plage, et le centre équestre de la Villette font partie des escapades favorites avec leurs trois filles.

 

 

 

« Je suis arrivé en Italie le 5 août 1993 à 7 heures du matin ». La mémoire de Nestor m’étonne, mais je suis perspicace : « Hé hé, c’est là que tu es tombé amoureux de Roselyne ! ». Raté : « C’était la première fois que je mettais les pieds dans un avion, la première fois que je venais en Europe, la première fois que j’entendais parler italien. Pour te dire, je ne savais pas que l’italien existait. » Avec une mère yacouba et un père dioula, Nestor a depuis tout petit l’habitude de jongler avec des dialectes différents. « J’adore les langues ». On veut bien le croire : hébergé à Rome dans une famille de cinq enfants, il s’approprie l’italien en un mois, condition sine qua none pour être accepté à l’université.

 

Il entre au séminaire à Padoue. Tiens, pourquoi le séminaire ? Je parle quand même à un Nestor aujourd’hui marié et père de trois enfants. Il m’explique qu’il a été baptisé à 17 ans et fait tout le parcours jusqu’à la profession de foi. « J’ai beaucoup reçu, qu’est-ce que je peux faire ? » avait été la question qu’il a ensuite posée au père Paolo. Celui-ci lui a suggéré une voie :

– « Le séminaire »

– « Pourquoi le séminaire ? »

– « Pour te former et devenir soit un bon prêtre, soit un bon mari. »

 

Ah ! Je tiens là une histoire croustillante. Attendons la suite, Roselyne n’est pas bien loin.

 

Notre jeune séminariste apprend la philosophie pendant trois ans : « Pas un philosophe n’est banni à l’université. Mon philosophe préféré est Nietzsche et ce n’est pas le plus tendre avec la religion. »

 

Moi : « Et puis tu rencontres Roselyne ! » Nestor : « Pas du tout. » Bon…  « La conviction n’y était pas dès la deuxième année. » […] En tous cas, Nestor, qui n’est pas du genre à se vanter, me précise qu’il n’a jamais eu moins de 9 sur 10, « cum laude ». Pas mal pour un ivoirien jamais sorti de son pays jusqu’à 18 ans et qui ne connaissait pas l’italien… Des amitiés restent encore de cette époque.

 

A 19 ans, une découverte le choque profondément : « Ma région en Côte d’Ivoire est une région forestière. De chez nous sortent des billes grosses de plusieurs siècles, acajou, iroko, gmelina… Je comprenais tout à fait qu’on prenne chez moi ce qu’on n’avait pas chez soi. » Mais à son arrivée en France, il traverse une immense forêt : « Tiens, il y a cette forêt, tout ce bois, toute cette richesse… et je me suis demandé pourquoi on coupait tout le bois chez nous. »

 

J’apprends aussi que la grand-mère de Nestor a fait les travaux forcés.

 

Aujourd’hui, l’association qu’il a créée il y a trois ans réunit autour d’elle des compétences françaises et ivoiriennes. O’Rizon permet à 450 familles, soit environ 2700 personnes, de s’affranchir de la famine en Côte d’Ivoire et devenir autonomes.

 

– « A sept ans, j’avais mon champ. Plus tard, j’ai décidé que je voulais trouver le lieu entre ici et là-bas pour mettre en place des solutions et diluer les amertumes. Prêtre ou pas prêtre, moi ce que j’apprends ici, que ça serve à mon peuple. »

 

– « D’accord… Et c’est là que tu es tombé amoureux de Roselyne ? » 

 

 

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