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Ryad

Saint-Denis

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Ryad

Je n’ai pas vu Ryad : ce sont d’abord les enfants que j’ai entendu l’appeler. […] Ryad est grand, costaud et fait volontiers office de manège ambulant : chacun a droit à son tour, tête en bas et hilare, pendant que Ryad imperturbable continue d’avancer.

 

 

 

Ryad a 19 ans. Ses parents ont déménagé du quartier du Landy côtéAubervilliers lorsqu’il avait 2 ans. Il était trop petit pour se souvenir de la construction du Stade de France. Mais il a vu un autre terrain vaste et nu à quelques pas de la résidence, où nous partons nous balader : c’est aujourd’hui un quartier entier où se dressent des immeubles de bureaux flambant neufs. Comme le dit le père d’Akim, c’est une mini-Défense : très calme le week-end à l’exception des sorties de match ou de concerts, quand les cafés et restaurants se préparent à accueillir les vagues de supporters et de spectateurs. […]

 

Après la séparation de ses parents, sa mère a pu compter sur des soutiens dans la résidence, comme la gardienne qui aidait Ryad à faire ses devoirs. J’hésite sur l’orthographe du prénom de la gardienne :

– Comment s’écrit Joannick ?

– Je n’en suis pas certain. En fait, je l’ai toujours appelée « Tata Jo ».

 

Tata Jo se repose maintenant à la campagne et Ryad garde le contact par téléphone. Dans la résidence, « il y a une convivialité, un respect entre jeunes et vieux. » […]

 

C’est un geek sportif : natation, athlétisme, musculation, sports de combat expliquent son gabarit costaud. Un geek qui répare des drones et les montre aux enfants – un grand frère dont rêvent beaucoup de petits garçons : « Quand j’ai vu un atelier robotique organisé dans la résidence, j’ai pensé ‘pourquoi pas ?’ J’ai demandé au gardien ce que c’était et j’ai proposé de montrer aux enfants les nouvelles technologies. » […]

 

Non seulement Ryad répare des drones mais il en fabrique lui-même. La résidence cacherait-elle un genre de garage de Steve Jobs version 2016 ? Je commence à imaginer une chambre convertie en atelier de R&D. Mais je ne vais pas me laisser impressionner : « Bon alors, si je veux me faire mon drone à moi, de quoi ai-je besoin ? » Confiant, Ryad me transmet la recette : « 4 moteurs, 1 système de connexion, 1 carte mère, la manette, un système d’équilibrage, et après, faire sa programmation. » Euh… Je vois à quoi peut ressembler la manette, mais pour le reste… Où a-t-il appris tout ça ? « Seul, sur internet et dans les livres. » […]

 

Après notre rencontre, Ryad rentre chez lui pour travailler sur un projet de voiture hybride. Rien d’extraordinaire, jusqu’à ce que je découvre qu’il s’agit en fait d’une voiture qui roule… et qui vole. Cette fois, c’est l’appartement entier que j’imagine réquisitionné, avec la mère de Ryad dormant dans la baignoire mais les yeux plein d’amour. Peut-être me suis-je un peu emballée ? Ryad planche pour l’instant sur un modèle miniature. Chaque chose en son temps…

 

Au moment de nous quitter, nous croisons une voiture qui se tait en s’arrêtant au feu. Désireuse de ne pas être en reste, je dis : « Tiens justement ! Une voiture hybride ! »

 

– « Celle-là ? Elle a simplement calé » me répond doucement Ryad, pendant que les enfants courent déjà vers lui

 

Rencontre réalisée en novembre 2016

 

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