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Saïd

Paris 18e

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Saïd

 

« In Algeria, in my family, we are shoemakers, we make new shoes from start to finish. […] But there was a new law issued. After that, there was no work for us: the shoes that we sell for 30 euros, for example, others sell at 10 euros. You make shoes, all the material costs 20 to 25 euros, after how do you sell your shoes 10 euros? The family they closed all their shop. « 

 

 

 

Said was 24 when he arrived in Paris in 2011, a city where his parents had lived since the early 2000s. Saïd’s father is a cook for a corporation and his mother works in a school cafeteria.

 

« It was really difficult for me when I arrived in France. The problem is, I understand the language but I do not speak it. We have French classes in Algeria but I stopped school when I was 13 to work in my family’s workshop, until I was 19 years old. After I worked as a taxi driver. Now here I work for a carpet company. My boss wants to work with someone serious because when you go to people’s houses, there’s all their stuff.

 

Since we moved from the 18th arrondissement, we now live in the 13th, I have been stopped to have my papers checked once. In the 18th, it’s two or three times a week. […] 

 

At first I was mean to the police. But then I said, ‘Let it go, he’ll do his job and then he’ll leave me alone.’ There are some who are nice and who are just doing their job.

 

For me, the problem is that I ride my bike a lot, and my bike is always clean. And each time they stop me for that:

– How come you have a new bike like that?

– If you work, you have a brand new bike. If you have a bike, you clean it every day, that’s why my bike is brand new. Every day I clean my bike.

 

There is a policeman who stopped me. I said, ‘Boss, is there a problem?’ He said to me, ‘Yes, I’m waiting to see the receipt for your bike.’ I swear, I was surprised. […]

 

Sometimes they turn the bike, they take the serial number, they call. If it isn’t stolen, they say goodbye to you.

 

The first time when I came to take the (French) test at the Goutte d’Or social center, it took a year before I started to be able to do it alone. At first I understood but couldn’t answer. After, I knew how to answer but was afraid that I’d make mistakes. Even now I give French lessons but sometimes I’m afraid to answer a question, but I say, « Maybe that’s not it, I have a word wrong. » […]

 

I also volunteer in another center, I give computer lessons for beginners, people who do not know how to use the computer. […] From the beginning I said, ‘I do not know how to write well, but to show how you do that, how you want to get there, to find what you’re looking for, I’m here.’

 

Once, the teacher of computer science went on vacation. He said, ‘I’ll let you replace me.’ […]

I said, ‘I don’t think I can do a class for ten people alone.’ And I tried. And I succeeded. I said, ‘Well, I don’t know if I did a good job.’”

 

And Said concludes with a smile: « I think he asked and they said, ‘Well, he was pretty good.’

 

For the first time, I am on the board. We talk about the center, the things that are happening, the projects. We go out, we go to a museum, we go to the movies.

 

It’s simple, this center, when they offer me something, I say okay right away because I know they are doing good things for me. I said many times: ‘It’s thanks to the centers and thanks to my ex that I learned all that.’ My ex and I were together for two years, after that I had to start to understand French.”

 

 

English translation by Kenson Toussaint, Salem State University, Salem, Massachusetts USA

 

View English version

 

« En Algérie, ma famille on est des cordonniers, on fabrique des chaussures neuves de A à Z. […] Mais il y a une loi qui est sortie. Après il y a pas de travail pour nous : les chaussures qu’on vend 30 euros par exemple, d’autres les vendent 10 euros. Tu prépares des chaussures, tout le matos ça coûte 20 à 25 euros, après comment tu fais pour vendre tes chaussures 10 euros ? La famille ils ont fermé toute leur boutique. »

 

 

 

Saïd a 24 ans quand il arrive à Paris en 2011 où ses parents habitent depuis le début des années 2000. Le père de Saïd est cuisinier en restauration d’entreprise et sa mère travaille dans une cantine d’école.

 

« C’était trop difficile pour moi quand je suis arrivé en France. Le problème, je comprends la langue mais je parle pas. On a des cours de français en Algérie mais j’ai arrêté l’école à 13 ans pour travailler dans l’atelier de ma famille, jusqu’à 19 ans. Après j’ai travaillé comme chauffeur de taxi. Maintenant ici, je travaille dans la moquette avec une société. Mon patron veut travailler avec quelqu’un de sérieux car chez les gens, il y a toutes leurs affaires.

 

Depuis qu’on a déménagé du 18e, là on habite dans le 13e, je suis contrôlé une fois. Dans le 18ème, c’est deux fois ou trois par semaine. […]

 

Au début j’étais méchant avec les policiers. Mais après je dis : “ Laisse tomber, il va faire son travail et après il me laisse tranquille. ” Il y en a qui sont sympa et qui font juste leur boulot.

 

Moi le problème, je roule beaucoup en vélo et mon vélo il est toujours propre. Et chaque fois ils m’arrêtent pour ça : “ Comment ça se fait vous avez un vélo tout neuf comme ça ? ” Je leur dis : “ Si vous travaillez, vous avez un vélo tout neuf. Si vous avez un vélo, vous nettoyez tous les jours, c’est pour ça mon vélo il est tout neuf comme ça. Tous les jours je le nettoie mon vélo. ”

 

Y a un policier qui m’a arrêté. Je dis : “ Chef, y a un problème ? ” Il m’a dit : “ Oui, j’attends la facture de votre vélo. ” Je te jure, j’étais étonné. […] Des fois ils tournent le vélo, ils prennent le numéro de série, ils appellent. S’il est pas volé, ils te disent au-revoir.

 

La première fois quand je suis venu faire le test de français au Centre Social Accueil Goutte d’Or, après un an j’ai commencé à me débrouiller tout seul. Au début, je comprends mais pas pour répondre. Après je sais répondre mais j’ai peur que je fais des erreurs. Même maintenant je donne des cours de français mais des fois j’ai peur que je réponds à une question mais je dis : “ Peut-être que c’est pas ça, je me trompe dans un mot. ” […]

 

Je suis bénévole aussi dans un autre centre, je donne des cours d’informatique pour les débutants, les gens qui ne savent pas utiliser l’ordi. […] Depuis le début j’ai dit : “ Je sais pas bien écrire mais pour montrer comment tu fais ça, comment tu veux rentrer là, où tu cherches ça, moi je suis là. ”

 

Une fois, le prof de l’informatique est parti en vacances. Il m’a dit : “ Je te laisse me remplacer. ” […] Je dis : “ Je crois pas que je suis capable de faire cours pour dix personnes tout seul… ” Et j’ai essayé. Et j’ai réussi. J’ai dit : “ Je sais pas si j’ai bien fait.’’

 

Et Saïd conclut en souriant : « Je crois qu’il a demandé et ils ont dit : “ Il a bien fait. ”

 

Pour la première année je suis au Conseil d’Administration. On parle du centre, les choses qui se passent, des projets. On fait des sorties, on va au musée, on va au ciné.

 

C’est simple, ce centre, quand ils me proposent un truc, moi je dis d’accord tout de suite parce que je sais qu’ils font des bonnes choses pour moi. Moi j’ai dit plein de fois : “ C’est grâce aux associations et grâce à mon ex que j’ai appris tout ça. ” On reste deux ans ensemble avec mon ex, après c’était obligé que je comprenne le français. » 

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