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Samy

Noisy-Le-Sec

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Samy

« Ça change d’une semaine sur l’autre. Je travaille au Carrousel du Louvre et ces derniers jours, pendant la Fashion Week, j’ai aussi fait Yves Saint Laurent au Trocadéro, le lendemain Lacoste au jardin des Tuileries, après le soir une exposition sur Hermès, le lendemain un défilé Paco Rabanne, le soir encore Isabel Marant et Nina Ricci. Voilà. »

 

 

 

Samy a 18 ans et a commencé il y a quelques mois son tout premier job comme agent de sûreté. Il m’a gentiment accordé du temps sur son jour de congé après une semaine bien remplie. « Le rythme, je m’en fous. J’ai pas d’enfants, c’est largement faisable. S’il y a des sous à faire, faut les faire. »

 

« J’aime bien aider les personnes plus faibles que soi. A 15 ans, un policier nous a raconté son expérience au forum des métiers organisé à l’école. J’ai pensé : ‘Je veux faire ça, tout de suite.’ J’ai arrêté la boxe Thaï que je pratiquais depuis 6 ans pour me concentrer sur le bac pro des métiers de la sécurité. J’ai suivi des stages à la BSPP, à la Police Nationale et à la RATP et une formation pour intégrer le GPSR (Groupe de Protection et de Sécurisation des Réseaux de la RATP) : en gros, c’est la police du métro. Mais il fallait le permis de conduire. J’ai donc essayé de trouver un job le plus rapidement possible pour payer l’auto-école. Même si l’ambiance de travail est bonne, j’espère que la RATP c’est pour bientôt. Et plus tard j’aimerais intégrer la brigade cynophile. »

 

Né en Algérie, Samy garde des liens là-bas avec son père biologique et sa grand-mère chez qui il a grandi jusqu’à son départ en France. « En fait ici mon beau-père, c’est mon père. C’est grâce à lui que ma mère m’a fait venir d’Algérie quand j’avais 6 ans. Là-bas, je n’avais pas d’avenir. A Paris, ma mère s’est débrouillée toute seule au départ, elle était couturière et travaillait un maximum. Elle m’appelait depuis un Taxiphone, tous les jours. Elle s’est marié avec mon beau père, ils ont eu mon petit frère puis elle est venue me chercher en Algérie. Dès que je l’ai vue, je l’ai reconnue. On s’est pas lâché de la journée. […]

 

Mon père lui, c’est ma source de motivation. Il sait très bien que je veux une voiture, un appartement, un chien, etc. Il m’a dit : ‘Si tu veux ça, t’as intérêt à bosser à l’école, passer ton bac, trouver un emploi.’ Il m’a dit aussi : ‘Fais ce que tu aimes.’ Il ne s’est jamais opposé, il m’a toujours suivi dans ma voie.

 

Du coup, sa reconnaissance, c’est hyper important pour moi. […]

 

Dès que j’ai eu mon premier salaire, j’ai pensé à ma famille d’abord. J’ai offert un cadeau à mon petit frère, puis à ma petite sœur, puis des parfums et du Nutella pour ma mère… »

 

Le mot « Nutella » retient particulièrement mon attention : se remet-on jamais complètement de cette succulente addiction ? Précisions de Samy : « Quand j’ai eu mon code de la route, je les ai invités au restaurant pour fêter ça. Juste avant, j’ai été chez Carrefour pour acheter du Nutella. Et maintenant tous les soirs, elle s’installe confortablement dans le canapé, avec son pot de Nutella.

– Tous les soirs, le Nutella ?

– Tous les soirs !

 

Son fils est un héros : si j’avais acheté un pot de Nutella pour ma mère, je l’aurais très probablement gardé pour moi.

 

Samy : « Y a pas plus beau que la fierté des parents, leur dire qu’ils ont réussi l’éducation de leurs enfants, que ça a marché. » 

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