Partager

Séveryne

Paris 20e

Lire l’entretien

Séveryne

« Plus jeune, j’avais du mal avec le système. Il fallait écouter sans donner son avis… Je suis rentrée à l’École de la Neuville en internat, c’est une pédagogie construite avec Françoise Dolto. Dans cette école, si tu as un truc à dire, tu réfléchis à comment le dire pour que ça soit efficace. […] Et tu travailles parce que tu comprends que c’est pour toi.

 

 

 

Quand je suis sortie de cette école, que je me suis retrouvée en Seconde au lycée traditionnel, je me suis pris une bonne claque. Mon père m’a dit :  “ Termine au moins la Seconde. ” […] Il m’a laissé le temps de construire mon projet. […] Après j’ai passé un diplôme équivalent au bac, il s’est dit qu’il avait pris la bonne décision. »

 

Séveryne est née dans le quartier Saint-Blaise et connaît depuis longtemps l’association Plus Loin.

 

« J’avais huit ans, je venais faire du roller. Mon père partait travailler – il est cuisinier – du coup il nous déposait là-bas. L’association existe depuis vingt ans, au départ pour lutter contre la drogue et la prostitution. Ils ont commencé en proposant du roller pour les petits du quartier. C’était gratuit et ça me permettait de faire du sport.

 

Aujourd’hui, je travaille avec Plus Loin, j’ai passé mon BPJEPS (1) et je développe des projets avec les habitants, les familles, les jeunes. […] 

 

Il y a plein de profils différents mais nous travaillons beaucoup avec les femmes. Certaines ne savent pas parler français donc c’est vite une galère. Il y en a qui ne savent pas du tout lire. Ou il y a des gens, ils n’ont juste jamais bougé de leur rue. Ils se disent : “ Je sais pas faire. Il va y avoir du monde, y a plein de couloirs, y a plein de panneaux. ” Mais si ton gosse, il a un rendez-vous là, ou pour partir en sortie, ou pour un entretien d’embauche, tu es obligé de sortir de ta rue. Si tu ne sais pas utiliser les transports en commun, la vie est beaucoup plus dure.

 

Donc au lieu d’imprimer l’itinéraire, j’explique comment ça marche : “ Là tu as les numéros de ligne, tu as les couleurs, là tu peux prendre là, tu as aussi des applications qui peuvent t’aider. ” Je préfère prendre une heure avec elle et après la personne sait faire. Leur apprendre à se déplacer toutes seules, ça a l’air de rien. Pour nous c’est facile et on n’y pense même pas, alors que pour elles, ça change leur vie. Maintenant ces familles savent prendre le métro sans éducateur, sans personne. Ce sont des petits coups de pouce. Quand j’aurai bien fait mon travail, c’est quand on n’aura plus besoin de moi. […]

 

Ça fait un peu cliché mais je pense qu’on est plus fort ensemble. Tu sais que si tu es en galère, il y a ta voisine, les gens se rendent service, certaines personnes sont hyper polyvalentes, elles savent faire plein de choses même si elles n’ont pas les diplômes. Elles font vivre le quartier et aident les autres à s’en sortir. […]

 

En fait beaucoup de jeunes pourraient déjà être animateurs. Ils s’occupent des plus petits, ils savent vivre ensemble, partager, transmettre… Alors qu’il y a des gens qui savent faire des choses mais ils ne savent pas transmettre. […]

 

En sortant du système traditionnel, je me suis dit que j’avais eu la chance de découvrir autre chose et aussi d’apprendre à réfléchir sur le quartier, pas seulement de le subir. Du coup il fallait que je reste là, pour partager cette chance. […]

 

Et puis une fois que tu as travaillé ou vécu un peu ici, tu t’attaches aux gens. De chez moi à la boulangerie, je dis bonjour à quinze personnes et chaque fois, quinze personnes ultra différentes. C’est hyper fort en mixité, en découvertes.

 

Rien que là, tu vois, y en a un qui est en train de lire son journal à côté de jeunes. Et si la vieille là, elle s’arrête pour parler aux jeunes, ils vont être polis, ils vont lui poser des questions. Les gens sont curieux, ils ont envie de savoir plein de trucs. Après, ils ont pas toujours les moyens. Pas toujours l’envie aussi, mais je pense qu’au fond on est tous un peu curieux. […]

 

Ce quartier, il est fort et très vivant. Et si dans ce quartier on n’arrive pas à faire bouger les choses, on n’y arrivera nulle part. »

 

(1) Diplôme obtenu grâce au soutien d’Aurélia, que Séveryne tient à remercier particulièrement. Aurélia est Coordinatrice Culture Responsable famille de l’association Plus Loin.

Autres portraits