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Siele

Paris 19e

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Siele

Siele a 22 ans. Les accents sur Siélé ont été oubliés à la déclaration de sa naissance au Burkina Faso en 1994. Siélé signifie « Le garçon tant attendu » : sa mère avait 32 ans, son père plus de 40 ans, et le mariage n’allait pas de soi pour ce couple mixte, lui musulman, elle chrétienne. […]

 

 

 

Le père de Siele décède quand il a 7 ans. Sa mère travaille pour une entreprise française ; quand elle tombe malade, l’évacuation médicale lui permet d’être soignée à Paris pour un cancer du sein, « autrement elle n’aurait pas vécu si longtemps. »

 

Siele reste au Burkina Faso, d’abord chez son oncle. Le garçon a 13 ans et fait le ménage avec le boy ; n’étant pas autorisé à participer aux activités de ses cousins, il se sent de plus en plus tenu à l’écart. Un jour, seul à la maison et au téléphone avec sa mère, il craque : « Je me demandais si j’avais été adopté. Je lui ai demandé si elle était vraiment ma mère. »

 

Elle le rassure et pensant sans doute bien faire, le place dans un internat. « T’as intérêt à suivre parce que la scolarité n’est pas donnée. Tout est motif de renvoi, il n’y a pas d’avertissement. Au début, je les fintais. Je me planquais sous le lit ou ailleurs ; l’internat était vaste.

 

Logiquement, 100 % de ceux qui sont là deviennent prêtres. J’y ai passé la 4ème, la 3ème, la Seconde, et puis j’ai dit à ma mère : ‘Plus jamais je remets les pieds ici. Si je reste, je vais me faire virer et il vaut mieux partir en bons termes.’ Quand tu es renvoyé de cet internat, c’est presque impossible d’être accepté ailleurs.

 

Ma mère m’a fait venir à Paris et là, ça a été une autre galère. » Ils habitent ensemble 9m2 dans un hôtel pendant 3 ans. « Ce qui m’a marqué quand même, c’est la douche une fois par semaine. On avait un jeton pour 15 minutes. »

 

Siele est en Première quand le cancer qu’on espérait vaincu revient. Sa mère est hospitalisée à Beaujon : « Je ne savais pas que c’était l’étape avant la fin… La dernière semaine, je suis resté quatre jours avec elle. J’ai prié le dieu tout puissant que je connais pour qu’il lui ouvre les portes du paradis. Parce que quoi qu’il arrive, c’est une femme géniale.

 

Quand elle est morte, j’étais soulagé de ne plus la voir suffoquer. J’ai encore prié. Elle était allongée, tout était simple, tout était posé…

 

J’ai rencontré l’Aide Sociale à l’Enfance et au début ils ne m’ont pas cru ; limite, toi, t’as que des malheurs. Et on m’a demandé : ‘Pourquoi t’es en colère ?’ J’ai répondu : ‘Excusez-moi ! Je viens de perdre ma mère !’ » […]

 

Siele admire le parcours de son père, dont il a vu les bulletins de notes, témoins de ses efforts pour décrocher bourse après bourse. « A l’époque ils n’étaient pas nombreux. Sa première bourse lui a permis d’étudier à Bobo Dioulasso, la deuxième en France, et une troisième pour le Canada. » Dix ans pour devenir ingénieur en agro-économie, puis entreprendre au Burkina Faso dans la lutte contre la désertification.

 

Siele souhaite créer plus tard une entreprise au Burkina Faso dans le domaine du recyclage de matériel informatique ou des énergies renouvelables, notamment pour apporter l’électricité dans les zones isolées.

 

« Quand j’ai perdu ma mère, ça a été un an de réflexion. J’ai fait le tri de ce qui était bien et pas bien, et puis j’ai décidé d’aller vers ce qui était bien. » 

 

 

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