Partager

Violaine

Paris 19e

Lire l’entretien

Violaine

Après 10 minutes avec Violaine et sa petite chienne à moustaches, on a fait un tour en Ecosse (sa chienne est un « westie »), un passage par la Mongolie (le « westie » s’appelle Ulan), puis à propos de chiens de race et bâtards, j’apprends que le corniaud n’est pas seulement le titre d’un film avec Bourvil.

 

 

 

Ulan a été adoptée il y a 13 ans. Depuis l’été dernier, leurs promenades le long du bassin de la Villette se font avec une canne blanche, que Violaine a achetée après avoir fait un accident vasculaire cérébral.

 

Elle me raconte qu’elle a été très myope très jeune ; alors la vue, les yeux, c’est une longue histoire. « Ma mère avait une conception très haute de la beauté et ne voulait pas que je porte de lunettes. Elle craignait aussi que mes yeux deviennent paresseux. »

 

A 14 ans, Violaine annonce qu’elle ne veut plus entendre « Enlève tes lunettes ! ».

 

Etre myope, m’explique-t-elle, ça incite aussi à percevoir au-delà de ce qu’on pense voir, justement parce que ce qu’on voit n’est peut-être pas tout à fait la réalité. On développe d’autres sens, une relation différente avec le monde.

 

Violaine est sortie du parcours scolaire classique pendant plusieurs années, sa mère souhaitant organiser elle-même les cours avec d’autres parents. D’où vient cet esprit « anti-institutions » comme l’évoque Violaine à propos de sa mère ? Un début d’explication se trouve-t-il pendant la 2nde Guerre Mondiale ? Ses parents étaient alors tous les deux résistants. Dénoncés, elle a été déportée à Ravensbrück, lui à Buchenwald.

 

Après la guerre, personne ne voulait entendre parler des camps de concentration, personne n’avait envie de savoir. A cet isolement s’ajoute la culpabilité d’avoir survécu. Violaine, née après la guerre et vivant dans une sorte de huis-clos, a longtemps cru que tout le monde avait été dans les camps. […]

 

L’AVC a beaucoup dégradé sa vue : elle reconnaît un visage à moins d’un mètre. Après cet accident, elle voulait que tout aille vite et s’est retrouvée très fatiguée. « Tant qu’on n’accepte pas, c’est douloureux, on se heurte à soi-même. Et puis j’ai décidé de prendre les choses comme elles viennent. »

 

Elle ajoute, l’air faussement solennel, avec un sourire : « Je pratique le non-agir. »

 

Elle se régale des descriptions de peintures dans « La jeune fille à la perle » grâce aux livres audio, elle travaille sa vue avec les puzzles, et sa mémoire avec les ateliers du Carrefour des Solidarités, tout près de chez elle. Peu à peu, elle ressent des progrès, le cerveau semble reconstruire des connexions.

 

Après notre rencontre, je lis quelques articles sur sa mère, et je découvre alors son nom de résistante : elle s’appelait Violaine 

 

Autres portraits