Partager

Milann

« Tant que tu ne me dessines pas un œil plus petit que l’autre… »

 

 

Avertissement exprimé avec un sourire et sur un ton léger, auquel je ne prête pas trop attention : je n’avais de toute façon pas remarqué de différence particulière entre les deux yeux de Milann.

 

 

 

Il me demande en quoi consiste mon travail, quand j’ai commencé, et pourquoi. Nous parlons reconversion.

 

Puis Milann me raconte. Il est pisteur secouriste. Son œil qu’il trouve trop petit, c’est à la suite d’un accident. En 2001, après un coma d’un mois, il se réveille hémiparésique. Il a 27 ans.

 

On l’informe qu’il ne remarchera plus jamais.

 

Colère… Tête penchée sur le côté, de la bouche de Milann sort seulement de la bave. Il a aussi perdu l’usage de la parole.

 

Il décide sur le champ que « non seulement je remarcherai, mon gars, mais tu vois, en plus j’irai skier. »

 

Au Centre de Rééducation de Bagnères, progressivement, Milann remarche et reparle. Il pousse ensuite plus loin avec le Centre Européen de Rééducation du Sportif (CERS). Milann avait déjà fait les 6500 mètres du Mera Peak. En 2004, il part de nouveau au Népal avec des amis et descend à ski les pentes de l’Himlung Himal, depuis plus de 7000 mètres.

 

« Avant je m’en foutais. Après l’accident, je me suis juré que plus jamais je ne me laisserais parasiter par des trucs sans importance. Mais comment ne pas se laisser emporter à nouveau par le quotidien ? »

 

Milann a repris son travail. Après un master 2, il est aujourd’hui chef de service. A l’aube, en cas de fortes chutes de neige, il met en œuvre les plans d’intervention de déclenchement d’avalanche et gère également le service de damage. Pour éviter des morts ou des blessés, son équipe est en première ligne. 

 

En couple avec Muriel avant l’accident, il élève avec elle leurs trois enfants nés depuis.

 

« Tu vois, on parlait de reconversion. Dans mon cas, c’est une résurrection. »

Autres portraits